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The Clown

Acrylique sur toile ( 65 x 50 )



Lorsque le spectateur se campe devant the clown, il se sent très vite dépossédé du statut dominant d'investigateur en matière d'esprit, que lui avait conféré, sinon les liens conviviaux tissés avec le peintre, du moins l'entrée de la rare galerie où ce dernier consent encore à s'exposer.

De fait, et quel que soit l'angle où il se situera désormais, ce spectateur est pris sous le regard du clown, un regard qu'il appréhende de prime abord comme celui d'un visage aboulique, si ce n'était le petit éclat blanc de l’œil combiné au camaïeu rouge qui n' animait toute cette drôle de figure.
Le spectateur éprouve alors une forte sensation d'ancrage, probablement liée à l'antagonisme binaire, qui domine l'ensemble de la composition. Dans cette acrylique de Michel Thomas, tout semble en effet se décliner par deux, de la ligne à la couleur, du cadrage aux images, suggérées en superposition par le pinceau.
Ainsi, à l'horizontalité écrasante du premier plan, au rendu pâteux de sa couleur imposant des rouges entre vermillon et terre, succèdent au second plan la motilité des cercles, l'épanchement plus fluide de la couleur, dont le rouge né de l'indigo s'adoucit finalement en carné dans la partie droite et haute du tableau. La base rigide et stable à laquelle est rattaché celui qui regarde, sert ainsi d'assise aux fluctuations de traits et de couleurs qui animent la deuxième partie de la composition.

Quelle que soit l'interprétation qu'il fera plus tard de cette toile, le spectateur se situera toujours en contre-plongée de l'image qu'il aura adoptée, que celle-ci soit le gros plan d'un visage clownesque au nez rond et lèvres fardées le ramenant à un rang de lilliputien, ou qu'elle soit au contraire le plan large d'un univers en pleine expansion, dont il devient alors un élément à naître.

A partir de cette bouche cratère, qui compose comme la ligne d'horizon d'une vie qui se manifeste en dualité, magmas visqueux où tout se brasse par le bas et nébulosité où flottent des éléments aux arrondis parfaits par le haut, le spectateur choisira au gré de son ressenti de prendre ou non son envol. De l'ancrage qui assure sa stabilité et le tient, fera-il un tremplin ou le fond d'un abîme ?

Que cette forme bilabiale, qui tranche en deux la composition, se révèle bouche gargantuesque ou trou noir, je n'y vois quant à moi, que béance favorable et bienveillante; une béance qui régurgite bien plus qu'elle n'engloutit le monde dans lequel les augustes que nous sommes, enfin délestés de leurs pensées raisonnantes et savantes, s'abandonnent comme des bulles de savon, dont seul le souffle de l'air peut guider le chemin.


Michelle RENAULT , CHATEAU THIERRY (FRANCE)



Charlie 2015
ou
Le Grand-père décoré 2001




1921 - Dans la famille Rorschach Hermann, il y a 10 planches de tests projectifs, dans lesquels le patient consultant découvre à son psy, sans jamais y paraître, son profil coarté, introversif ou extratensif, voire ambiéqual, selon les petites tendances de chacun.


2001 - Dans la famille Rorschach Thomas, on trouve bien sûr le Père, la Mère, la Fille, mais également le Frère abandonné, l'Aîné un peu travelo et un Cousin de passage; et puis entre la Grand-mère acariâtre et la Voisine du dessus à laquelle se sont joints pour dépasser la dizaine, l'Oncle bourré, la Tante dominatrice et la Maîtresse cachée, bien sûr, bien sûr, il y a le Grand-père décoré,

... un tantinet déphasé avec son ruban tricolore épinglé par le pinceau irrévérencieux du peintre, comme pichenette lancée à la barbe de toute cette famille, dont les 12 portraits, alignés en galerie à la queue-leu-leu, figure le visage social et universel de l’imbécillité rayonnante depuis des siècles et des siècles...

Sur ce grand-père qui arbore son sexe comme tout un chacun porte le nez au milieu de la figure, on pourrait dire non sans panache, en plagiant Cyrano, qu'il pointe contre cavalerie ! Mais le canon braque bas et bien que très...canon, au sein du canon que composent de nombreux messieurs machistes qui se gargarisent d'être dans les... canons, ce canon-là, plus que boulet ou mitraille, ne semble finalement projeter que poudre de neige. N'est pas Cyrano qui veut.

D'ailleurs n'est-il pas plus clownesque que militaire, ce grand-père campé sur ses 2 jambes-béquilles, tel un cow-boy prêt à dégainer, mains plaquées aux poches de ses colts, mais dont les bras démesurément longs et le visage simiesque, relèvent davantage de l'anthropoïde que de l'humain ?
Si le peintre l'a gratifié d'une décoration, n'est-ce pas pour faire de lui la figure emblématique de tous ceux qui se posent au garde-à-vous, dès que résonne à leurs oreilles l'éternel refrain nationaliste, déclamé en termes d' "honneur et patrie" par de hauts dignitaires adeptes, quant à eux, d'une politique plus mercantile que patriote ?


Pourtant ce grand-père, comme soutenu aux épaules par un filin osseux le rattachant à l'interminable rang de ceux qui marchent au pas, ne s'avère-t-il pas finalement n'être que la triste marionnette dont se jouent d'invisibles toupilleurs, à seule fin de réaliser de lucratifs projets, toujours plus funestes et dévastateurs ?

Ses épaules sont larges, mais sa poitrine sans ampleur; le ventre est vide et la raideur des membres cadenasse tout son corps.
Rien de chaleureux, de généreusement tendre, de tendrement compatissant ne sourd de ce grand-père Rorschach, né peut-être de la dernière vertèbre d'une gueule cassée, d'un casse-noix aux leviers assassins, ou bien encore d'éclaboussures de sang giclé de quelque casse-pipe meurtrier, un de ceux que génère et multiplie si bien, à travers le monde et depuis toujours, la bêtise humaine.


Mais peut-être est-ce tout simplement la mort qu'a voulu finalement croquer le peintre à travers le portrait de son grand-père matamore ? Une camarde, dont la silhouette a été revisitée aux goûts de la suffisance affichée des hommes et renforcée par leur asservissement souvent hautement revendiqué; une camarde que la radicalisation incessante des opinions et des idéologies a déparé de ses atouts familiers, qui rendaient presque aisées, depuis Bosch ou Degas, nos rencontres avec elle, presque sereine aussi l'heure du dernier rendez-vous.



Cependant, à bien soutenir le regard hypnotique de ce grand-père décoré, le visiteur campé devant lui en perd tout esprit revanchard, toute intolérance envers l'autre, toute peur. Et c'est du rire salvateur qui monte spontanément du fond de ses entrailles, que finit par s'épanouir sur ses lèvres le sourire salutaire et attique des humanistes dont il est et dont il restera, en dépit de tous les fanatismes, de tous les "embrigadeurs" embrigadés, et pour tous les non-décorés qui seuls, en vérité, créent les vraies médailles.


LibeLLule avec 2 L , CHATEAU THIERRY (FRANCE)



Quand l'image a été travaillée, mûrie au plus profond de soi-même,
quand le matériau, glané au hasard de la promenade parce que sa forme ou sa texture avait retenu l'attention, a été repensé et ré-anobli,
quand le vécu d'un événement, un souvenir prégnant, sur la toile ou le carton ont été traduits en couleurs, en lignes et en courbes,
l'ensemble compose le puzzle d'une vie et constitue autant de petites œuvres artistiques, qui s'offrent à lire aux amis de passage comme aux simples dilettantes.
Bien avancé dans sa vie, l'homme a décidé d'essaimer quelques-uns des morceaux du puzzle sur la grande toile du Net, livrant ainsi sans se donner à voir un peu de lui-même.

Je retrouve en parcourant le site certains des tableaux vus ou entrevus dans ce merveilleux cabinet de curiosités, véritable caverne d'Ali Baba, qu'est devenue avec le temps sa maison. J'en découvre d'autres également, apparentés à ceux que je connaissais par la même envolée de traits, la même pichenette à l'ordre établi, aussi le même humour et la même volonté de ne pas se prendre au sérieux en dépit des exigences fixées et de la rigueur apportée à chaque composition.

Nul doute que tous ceux qui visiteront ce site n'en tirent plaisir et bonheur. La tentation est grande d'y piocher pour satisfaire un coup de cœur, mettre du beau, une originalité à l'intérieur de chez soi ou encore méditer tout à loisir sur une partie de soi-même perçue à travers un tableau. Le bonhomme ne nous en tiendra pas rigueur et saura, j'en suis sûre, combler les trous que nous aurons faits dans la " toile " par d'autres pièces de puzzle, nées demain de sa verve et de son imagination toujours créatives, sinon sorties des recoins encore riches de sa caverne.
Merci à l'artiste d'être et de nous faire être.

Libellule avec 2 L , Château Thierry (FRANCE)



Magnifique ton site, simple, efficace, très représentatif de l'ensemble de ton oeuvre. Blanc rouge noir connaissais pas...splendide.
Tu as fait un boulot incroyable, tout est dit avec peu de mots.
Merci pour ce fabuleux voyage
Ghislaine

Ghislaine , Violaine (FRANCE)



Oeuvre dense, sublimement originale et très intéressante qui doit être admirée en réel en exposition.
Chapeau l'artiste

Lesainsois , sains du nord (FRANCE)




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